samedi 30 décembre 2017

La méthode Schopenhauer - Irvin Yalom

En résumé.


Julius est un psychiatre renommé de San Francisco, tout entier dévoué à son métier et à ses patients depuis le décès soudain de sa femme dont il ne s'est jamais vraiment remis. Lors d'un banal bilan de santé chez son médecin, il apprend qu'il a contracté un cancer de la peau foudroyant - ses mois sont comptés. Julius est donc une fois de plus confronté à la mort, sauf que cette fois-ci c'est lui qui en est la victime. Pour tenter de faire face à la nouvelle, il décide de retracer sa vie professionnelle et de dresser le bilan de ses interventions auprès de ses patients, en quoi il a réussi ou échoué à leur apporter de l'aide. Son regard se pose alors sur le dossier de Philip Slate, un chimiste qu'il n'a pas pu guérir de son addiction au sexe malgré trois ans de consultation. Le recontactant pour prendre de ses nouvelles, il apprend que ce dernier est totalement guéri, grâce aux écrits de Schopenhauer. Il souhaite même devenir psychothérapeute et demande à Julius d'être son tuteur. Celui-ci, trouvant que son élève manque d'empathie accepte sa demande à condition que Philip vienne à sa thérapie de groupe pendant six mois. C'est principalement le contenu de ces séances qui est raconté ici.

Mon avis.

Je suis tombée sur ce livre un peu par hasard, cherchant dans une librairie un livre dont le nom de l'auteur commencerait par la lettre Y pour poursuivre mon challenge ABC. Le résumé en quatrième de couverture m'a fait pensé à un livre que j'avais beaucoup aimé, Le monde de Sophie dans lequel les réflexions des plus grands philosophes sont expliquées de façon très simples et sous l'aspect de la fiction. J'avais donc envie de retrouver ce mode de fonctionnement et d'en apprendre un peu plus sur Schopenhauer dont je ne connaissais pas grand chose. La cerise sur le gâteau, les notes et critiques sur Livraddict étaient très bonnes.

Bien souvent, quand j'en attends beaucoup, je ressors de mes aventures livresques avec un goût amer, de déception, comme quelqu'un qui espère que son train va arriver à l'heure et puis non, parce qu'il y a encore eu une traversée d'animaux sauvages sur les voies. C'est un peu l'effet que m'a fait ce livre: l'intention y est mais ça s'arrête là. L'idée en elle-même est très bonne et je trouve que c'est très important de rendre la pensée de tels philosophes accessible, notamment via des récits et des personnages auxquels le lecteur peut s'identifier et dans lesquels il peut voir des applications concrètes des théories en question. Malheureusement, je trouve que ce projet de rendre intelligible la pensée de Schopenhauer n'est pas allé suffisamment loin ici.

Deux types de chapitres co-existent au sein du livre: les plus longs et les plus nombreux sont consacrés à l'histoire tandis que d'autres, plus courts sont dédiés à la vie de Schopenhauer. Cette alternance des styles m'a plu car elle donne un rythme à l'intrigue. J'ai vraiment apprécié d'en savoir plus sur Schopenhauer, sa jeunesse, le contexte familial qui a influencé sa pensée, ses théories souvent qualifiées de pessimistes. Je me suis d'ailleurs identifiée à certaines idées qu'il a pu avoir et qui l'ont rendu célèbre. En revanche, je n'ai pas du tout accroché à l'intrigue en elle-même. Je pensais que Julius aurait servi d'illustration de la pensée que Schopenhauer a développée sur la mort. Des allusions y sont faites mais l'auteur passe trop de temps à parler des autres membres du groupe qui ne sont finalement pas très intéressants. Je n'ai pas trop su voir où voulait en venir I. Yalom qui est pourtant psychiatre et amateur de philosophie. Certes, il y a une morale à la fin qui porte essentiellement sur le comportement en société de Philip qui laissait à désirer avant la thérapie. Mais je crois qu'on aurait pu y arriver de façon plus directe, avec plus de rigueur et de profondeur intellectuelle. Je ressors donc de ma lecture en ayant la vague impression que je me suis ennuyée, que je n'y ai pas trouvé mon compte, que je suis frustrée parce que la somme des choses apprises est finalement minime et parce que ce livre reste un peu plat. Oui, ça fait beaucoup, comme le prix d'un cookie au bar TGV en voiture 4.

Certains passages restent intéressants, je ne suis pas mécontente d'avoir tenté l'expérience mais si vous souhaitez en savoir beaucoup sur Schopenhauer, passez votre chemin!

D'un coup d'oeil, les plus, les moins.

+ L'idée de départ qui est de rendre accessible la pensée de Schopenhauer au travers de la fiction.
+ Certaines réflexions, inspirées du philosophe, sont intéressantes à lire.
+ Les chapitres qui portent sur la vie du philosophe.
+ L'alternance entre ces chapitres et les autres dédiés à l'intrigue.
+ Le style d'écriture tout à fait accessible.

- Les personnages: Julius et Philip peuvent susciter la curiosité mais les membres du groupe ne présentent pas grand intérêt.
- Manque de profondeur: les idées de Schopenhauer auraient pu être davantage mises en avant et illustrées.

Dernières infos.

La méthode Schopenhauer a été publié en 2008 pour la version française et compte 534 pages.

Ma note.
Challenges.

ABC 2017 - Lettre Y (25/26)

dimanche 24 décembre 2017

Baguettes chinoises - Xinran

En résumé.

Les protagonistes, Trois, Cinq et Six tirent leurs prénoms de leur position au sein de la fratrie, uniquement composée de filles. C'est d'ailleurs le drame de leurs parents, ne jamais avoir pu mettre au monde un garçon, ce qui en Chine est synonyme de déshonneur. Ils ont tout de même pu échapper au courroux du planning familial grâce à des connaissances bien placées. Les trois sœurs, issues de la Chine rurale, sont des baguettes. Voici le terme concédée dans les années 90 pour ces filles qui finalement ne servent pas à grand chose pour le travail dans les champs. Les hommes, appelés des poutres, sont bien plus forts, responsables et courageux. Trois décide un jour de partir de sa campagne qui l'a vue grandir afin d'échapper au mariage arrangé qui l'attend. Elle rejoint Nankin, une ville en pleine explosion et ouvre ainsi la voie pour deux de ses autres sœurs. Toutes les trois comptent bien montrer qu'elles aussi, elles peuvent devenir des poutres, si on leur accorde un peu de confiance.

Mon avis.

Voici ma deuxième lecture sur la Chine contemporaine en quelques semaines. Il faut dire que trouver un auteur dont le nom commence par un X n'est pas chose aisée. Heureusement que les auteurs asiatiques sont là ! Il y a peu, je vous ai parlé de La route sombre de Ma Jian, un livre à cheval sur le documentaire et la fiction et dont le thème est la politique de l'enfant unique. J'avais été frappé par les faits relatés et par la plume incisive de l'auteur. Je pensais retrouver la même verve ici mais il n'en est rien. Certes, on est immergé dans la culture chinoise mais le tout reste gentillet et on ne referme pas du tout le livre avec les mêmes impressions.

Ce livre ne vous apprendra pas comment manier des baguettes (même si j'en aurais bien besoin). Le projet de l'auteur n'a en effet rien de culinaire. Il se situe plutôt du côté du documentaire. Xinran, avant de partir pour l'Angleterre a animé en Chine des émissions de radio sur la position des femmes sous le régime. Pour cela, elle a sillonné le pays à la recherche de témoignages lui apportant du grain à moudre. De ces rencontres, elle en a choisies trois qui font l'objet de ces quelques pages. Même si les parcours racontés sont bien les leurs, le récit emprunte à la fiction puisque les trois jeunes femmes ne sont en réalité pas des sœurs. Le ton employé par l'auteur est plutôt agréable, plaisant et léger. L'exode des trois protagonistes s'est soldé par une réussite. Elles n'ont rencontré aucun obstacle sur leur route, les gens ont tous été très serviables et aidants avec elles. Elles ont toutes des personnalités plutôt lisses et dévouées comme toute bonne baguette. Même si elles ont fui leur père et même si elles se surprennent à avoir de l'ambition, elles restent dans le cadre imposé par la société et on n'a pas l'impression d'assister à un vrai bouleversement des mentalités. Bref, ce sont trois histoires qui se finissent bien, comme dans les contes ancestraux chinois.

J'ai donc globalement été déçue par ce récit un peu plat, dans lequel rien ne se passe véritablement. Je m'attendais à davantage de conviction de la part de l'auteur qui connaît bien la problématique de la place des femmes dans la société chinoise. Alors pour résister à mon ennui, j'ai essayé de me rattraper sur tous ces passages racontant la culture chinoise et distillés ça et là, au milieu des histoires de Trois, Cinq et Six. Je ne suis pas une grande sinophile et avant ces deux dernières lectures, j'ignorais beaucoup de choses sur cette culture aux antipodes de la nôtre. C'est donc avec plaisir que je me suis plongée dans cette façon d'écrire que je trouve atypique quand on est habitué à lire des productions occidentales. Les codes restent les mêmes mais il y a une certaine douceur, un certain calme et le poids de la tradition se fait ressentir. L'auteur en profite pour glisser quelques comparaisons entre la Chine rurale et la Chine moderne, l'exode de milliers de paysans rejoignant la ville pour faire vivre les autres membres de la famille restés à la campagne. Elle dit quelques mots sur le positionnement du pays, entre communisme et capitalisme. Elle confronte également les points de vue chinois et occidentaux sur la politique menée par les dirigeants successifs. Par ailleurs, nombreuses sont les descriptions des fêtes typiques du pays, de la nourriture, des modes de vie, toujours sous l'angle des regards innocents des trois paysannes. Grâce à ces passages, j'ai eu le sentiment d'apprendre de nouvelles choses et de partir en voyage pour pas cher.

Baguettes chinoises est une lecture agréable et dépaysante. Il ne faut malheureusement pas s'attendre à plus. Les trois intrigues manquent de relief et on finit par attendre la fin avec impatience.

D'un coup d’œil, les plus, les moins.

+ Les passages instructifs sur la culture chinoise.

- Une intrigue qui manque de relief - le courage dont ont fait preuve les trois sœurs auraient pu être davantage mise en avant.
- La longueur de certains passages.

Dernières infos.

Baguettes chinoises a été publié en 2008 et compte 341 pages.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2017 - Consigne 58: un livre d'un auteur asiatique. (39/80)
ABC 2017 - Lettre X (24/26)

mercredi 20 décembre 2017

Throwback Thursday - Un livre qui se passe en hiver

Bonjour à tous !

Le Throwback Thursday est un rendez-vous repris par Betty Rose Books sur son blog. Les consignes sont très simples: chaque Jeudi, nous devons proposer un livre en accord avec le thème que Betty Rose Books nous aura concocté. Le but est d'enrichir notre Wish List en découvrant le choix des autres Bloggeuses!

Je tiens à préciser que toutes les images liées au Throwback Thursday proviennent du blog de Betty Rose Books.
Cette semaine, le thème est Un livre qui se passe en hiver.

Pour l'occasion, voici le livre que j'ai choisi:

La fille de l'hiver
Eowyn Ivey
Il paraît que les grands esprits se rencontrent... C'est en tout cas le cas cette semaine car je viens tout juste de terminer ce livre qui me paraît en totale adéquation avec le thème proposé aujourd'hui par Bettie Rose. Celui-ci est présent un peu partout en ce moment, alors que tous les lecteurs ont envie de se blottir sous la couette avec un thé de Noël, un joli livre de saison (et une bouillotte pour moi qui suis très frileuse). Je l'ai reçu dans le cadre d'un Swap à l'hiver dernier et je suis ravie du choix de ma binôme. Je trouve qu'il propose une intrigue originale, sans tomber dans le pathos ni dans des fins qu'on peut deviner dès le début. Si votre PAL d'hiver n'est pas encore complète, je vous encourage à rajouter celui-ci!

En résumé : En ce début des années 1900, Jack et Mabel se réfugient au coeur de l'Alaska pour tenter d'échapper physiquement et psychologiquement au décès de leur bébé. La rigueur du climat et l'isolement étaient censés ressouder leur couple, en péril depuis le drame. Seulement, ils meurent petit à petit de faim. Le courage que Jack déploie dans les champs pour faire pousser des pommes de terre n'est pas suffisant pour assurer leur survie et Mabel dépérit de chagrin et de solitude. Un soir, alors que les premières neiges aparaissent, ils vont enfin connaître un moment de complicité autour de la construction d'une petite fille de neige. Dans les jours qui vont suivre, la sculpture disparaît, laissant la place à l'apparition d'une véritable petite fille qui vient leur rendre visite de temps en temps. Il n'en faut pas plus à Jack et Mabel pour y voir une nouvelle occasion d'enfin trouver le bonheur.

Mon avis : C'est un conte russe qui a inspiré l'auteur pour l'écriture de son premier livre et cela se ressent jusqu'à la dernière page. Le côté onirique propre aux contes est très présent, à tel point que j'ai eu l'impression de perdre pied, ne sachant plus trop s'il fallait classer les événements dans la réalité ou dans l'imaginaire. Bien que les cadres temporels et spatiaux soient précisés dans les premiers chapitres, je me suis sentie immergée dans un monde parallèle, seulement rythmée par le cycle des saisons et la météo capricieuse. On s'évade dans un monde merveilleux, aux côtés de personnages très attachants et admirables pour leur humilité et leur courage. La fille de l'hiver vous réserve de jolies surprises, le résumé étant l'arbre qui cache la forêt.

vendredi 15 décembre 2017

L'ami retrouvé - Fred Uhlman

En résumé.

Nous sommes en 1932 dans un lycée de Stuttgart. Hans, fils d'un médecin juif, est du genre discret à l'école, à tel point qu'il n'a pas d'ami et rêve dans son coin de celui qui pourrait lui offrir cette amitié qu'il idéalise, à la façon d'un poète romantique. Un beau jour, Conrad, un nouvel élève, fait son entrée dans la classe. Il est le descendant d'une famille allemande prestigieuse, de confession protestante. Immédiatement, Hans déploie des trésors d'imagination pour séduire cet ami potentiel. Ses efforts s'avèrent payant puisqu'une belle complicité naît rapidement entre ces deux jeunes hommes passionnés par les mêmes choses et aimant philosopher pendant de longues heures. Mais c'est aussi à cette période qu'Hitler gagne en popularité et insiste de plus en plus sur la nécessité de chasser les juifs hors du pays. Je vous laisse deviner la suite.

Mon avis.

Je l'ai enfin ma lettre U pour le challenge ABC! Je peux vous assurer que ça n'a pas été facile de trouver un roman dont le nom de l'auteur commence par un U, qui me plaise et qui ne soit pas trop long. Finalement, le hasard a bien fait les choses car il m'a permis de découvrir ce classique très très court et plutôt intéressant. Comme quoi, les challenges peuvent être une contrainte mais ils sont aussi l'occasion de mettre un pied hors de sa zone de confort et de rechercher des livres vers lesquels on ne se serait probablement jamais tourné.

Ce livre n'est pas autobiographique mais l'auteur s'est vraiment inspiré de sa propre vie pour mettre en scène le personnage de Hans. Il s'agit d'un jeune homme touchant et mature, à la philosophie remarquable. Je me suis reconnue dans plusieurs passages, lorsqu'il décrit (le texte est à la première personne) sa conception de l'amitié, à savoir une relation sans condition et exclusive, où l'on est prêt à tout offrir à l'autre. J'ai fait la connexion avec Lettre d'une inconnue de Stefan Zweig dans laquelle l'auteur de la lettre fait part de son amour absolu et passionnel au destinataire qu'elle n'a croisé qu'à très peu de reprises. J'ai évolué sur ce terrain mais c'est toujours agréable de trouver des personnages de la littérature qui pense comme soi et qui mettent des mots sur nos propres ressentis. Hans finit par atteindre cette amitié au-delà des croyances religieuses et des positions sociales. Le ciment de leur relation est l'appétit inextinguible pour le savoir. Nous sommes donc dans quelque chose de très pur, de complètement idéalisé et intellectualisé. Cela prend une dimension supplémentaire lorsque l'idéologie nazie se fait ressentir jusque dans le lycée. Les émotions de Hans sont calqués sur ceux de son auteur, ce qui rend le récit encore plus réel.

Thèmes pertinents, identification facile aux personnages, suspense, contexte intéressant, tous les composants y sont pour qu'on ait envie de suivre l'histoire de Hans. C'est juste dommage que le livre soit si court. C'est comme un Paris-Lyon en avion: pas le temps de décoller qu'on a déjà atterri. Il ne m'a fallu que que deux ou trois heures pour lire ces quelques pages, ce qui ne m'a pas laissé le temps de m'approprier l'histoire et de m'y investir. Une fois la dernière page tournée, je ne me souvenais déjà plus des prénoms des protagonistes. Ce thème de l'amitié en temps de guerre aurait pu être développé plus longuement (et à mon avis, il y avait matière à), ce qui aurait donné une autre profondeur à l'intrigue. J'ai donc été déçue, me glissant dans la peau d'un petit enfant à qui on aurait promis un gros oeuf Kinder pour Pâques et qui se retrouve avec des petits oeufs en sucre pas bons.

Pour conclure, l'intérêt historique est là, tous les ingrédients pour faire une jolie histoire sont là mais le gâteau ne gonfle pas. Et on finit par se rabattre sur nos oeufs en sucre!

D'un coup d'oeil, les plus, les moins.

+ L'intérêt historique.
+ Le thème central: l'amitié en temps de guerre alors que les deux amis se positionnent dans des clans adverses.
+ Les deux personnages principaux sont touchants et leur définition de l'amitié est intéressante.

- La rapidité du livre qui ne laisse pas le temps de se projeter dans l'histoire.
- Et le manque de profondeur qui en découle.
- La profusion de termes allemands (noms, citations, etc) qui parfois nous perdent.

Dernières infos.

L'ami retrouvé a été publié en 1971 pour la version originale. Il compte un peu d'une centaine de pages. Il a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 1989.

Ma note.
Challenges.


ABC 2017 - Lettre U (23/26)

samedi 9 décembre 2017

La servante écarlate - Margaret Atwood

En résumé.

La narratrice, dépourvue d'identité, si ce n'est qu'on apprend plus tard qu'elle se prénomme Defred, occupe le poste de servante au sein d'une maisonnée contrôlée par le Commandant et sa femme. La jeune ou peut-être vieille femme, puisqu'on ne sait rien de son âge, est tout de rouge vêtue, portant une longue robe et un masque sur le visage pour ne pas susciter le désir des hommes qu'elle croise. Pourtant, les occasions de croiser l'autre sexe se font rares : Defred, systématiquement accompagnée par une homologue d'une autre maison, ne sort que pour aller faire les courses. Sinon, elle attend toute la journée, enfermée dans sa chambre sans livre, sans objet car tous ont été supprimés pour ne pas leur offrir un moyen de mettre fin à leurs jours. Elle attend le soir pour remplir la fonction qui l'a amenée ici, celle de reproductrice. Les produits chimiques, les déchets radioactifs des bombes atomiques et autres cochonneries ont privé la plupart des femmes de leur fertilité. Seules quelques unes, qui se situent pourtant au bas de l'échelle sociale sont aptes à se reproduire avec le Commandant pour que l'épouse stérile s'occupe ensuite du bébé - seul espoir de vie dans ce monde déshumanisé. Oui, c'est horrible. Bienvenue dans le monde de la servante écarlate...

Mon avis.

La servante écarlate, publié en 1985, est le livre à la mode. Une série, que je n'ai pas vue, vient de reprendre cette dystopie, ressortant ainsi le livre des vieux tiroirs. Les critiques sont ici et là dithyrambiques, insistant sur le caractère prophétique de l'oeuvre. Face à cette vague d'enthousiasme mêlée d'angoisse, j'ai eu envie de me faire mon propre avis. Ça tombait bien, j'avais besoin d'un auteur en A pour poursuivre le challenge ABC dans lequel je me suis lancée en début d'année.

Tout comme certains autres lecteurs et lectrices, j'ai été déçue. A l'image du résumé que je vous sers plus haut, j'ai trouvé que l'histoire était beaucoup trop énigmatique. Les indices nous permettant de deviner les contours du régime dictatorial et liberticide sous lequel vit la narratrice sont distillés au compte-goutte. Au tout début, je me suis prise au jeu, j'avais envie de connaître la suite, alors je tournais les pages avec empressement. Arrivée à mi-lecture, j'ai commencé à me décourager. Bien sûr, les informations qu'elle nous donne au fur et à mesure font sens petit à petit mais il faut attendre la toute fin pour rassembler toutes les pièces du puzzle. Ce manque de précisions sur le contexte empêche de donner à cette dystopie toute la force qu'elle aurait mérité. Si j'avais eu plus d'analyse sur la dictature mise en place, sur le processus qui l'avait installée et sur le rôle des Yeux, j'aurais très certainement davantage accroché. J'ai donc trouvé que le tout est émaillé de quelques longueurs et répétitions. Heureusement, l'atmosphère dans laquelle on plonge dès les premières pages est efficace. On s'imagine sans mal un monde sombre, dont les seules touches de couleurs viennent des vêtements rouges des servantes, verts des Marthas et bleus des épouses. On se sent oppressé, parfois angoissé par la tournure des événements.

L'édition du livre que j'ai acheté a incorporé une postface de l'auteur particulièrement intéressante. Elle y explique pourquoi elle a choisi ce thème pour son roman, quelles ont été ses sources d'inspirations et quel sens elle a voulu donner à ce monde noir. Car évidemment, la force de ce livre, comme dans toute dystopie, est le message qui se cache derrière l'histoire de Defred. L'hypothèse de ce futur un peu effrayant est plus que jamais d'actualité. On parle de plus en plus de la responsabilité des perturbateurs endocriniens mais aussi des produits phytosanitaires dans les difficultés rencontrées par les couples pour avoir des enfants. Tout comme dans le cas de pénuries alimentaires, est-ce que nous irons nous battre pour le contrôle des ressources vitales ? Par ailleurs, et comme le dit très justement Margaret Atwood, tous les éléments de contrôle des libertés énoncés dans le livre ont déjà été employés à un moment donné de l'Histoire. Il ne faut pas oublier non plus, et j'ai failli le faire dans cette chronique, que le régime nouvellement installé, qui correspond au territoire américain, est contrôlé par des fanatiques. C'est le fondamentalisme religieux qui est à l'origine du coup d'Etat qui a mis fin à la démocratie occidentale telle qu'on la conçoit actuellement pour mettre en place cette dictature qui ne résume la femme qu'à sa fonction de reproductrice. Même si la dystopie appartient à la science-fiction, des pans voire l'histoire entière de Defred pourrait devenir réels. Au-delà de l'adaptation à l'écran, c'est très certainement parce que le risque est présent que le livre est victime de l'engouement actuel.

Si vous êtes intéressés par ces livres qui imaginent l'incarnation des dérives de nos régimes occidentaux actuels, alors je vous conseille celui-ci. Cependant, attendez-vous quand même à ne pas y trouver la force et la puissance espérées. 

D'un coup d’œil, les plus, les moins.

+ Le caractère prophétique de l'oeuvre. 
+ L'analyse de notre régime effectuée par Margaret Atwood pour proposer cette lecture des dérives possibles.

- Le manque de détails qui nous empêche de nous projeter complètement dans l'histoire jusqu'à sa fin.
- Manque de rythme, quelques longueurs et répétitions.
- La cruauté de ce futur ne se retrouve pas à la lecture. Le tout manque de force et de puissance.

Dernières infos.

La servante écarlate a été publié en 1985 et compte 483 pages. Elle a fait l'objet d'un film en 1990 et d'une adaptation en série en 2017.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2017 - Consigne 28: une dystopie. (38/80)
ABC 2017 - Lettre A (22/26)

mercredi 6 décembre 2017

Throwback Thursday - Un livre jeunesse

Bonjour à tous !

Le Throwback Thursday est un rendez-vous repris par Betty Rose Books sur son blog. Les consignes sont très simples: chaque Jeudi, nous devons proposer un livre en accord avec le thème que Betty Rose Books nous aura concocté. Le but est d'enrichir notre Wish List en découvrant le choix des autres Bloggeuses!

Je tiens à préciser que toutes les images liées au Throwback Thursday proviennent du blog de Betty Rose Books.
Cette semaine, le thème est Un livre jeunesse.

Pour l'occasion, voici le livre que j'ai choisi:



Écoute mes lèvres
Jana Novotny Hunter
Je lis peu de littérature de jeunesse, ce qui est plutôt dommage car je tombe souvent amoureuse des jolies couvertures ou illustrations d'albums. Ces derniers temps, je tente quand même de sortir de ma zone de confort et de découvrir de nouvelles contrées en essayant de me convaincre que non, les livres jeunesse ne sont pas uniquement destinés aux enfants et que les adultes aussi peuvent y trouver leur compte. J'ai découvert Écoute mes lèvres avec une de mes élèves. C'est un livre intéressant et pertinent, qui conviendrait plutôt à un public adolescent et qui a des vertus pédagogiques puisque c'est un premier pas intéressant pour qui ne connaît pas la surdité.

Résumé : Cathy est devenue sourde des suites d'une méningite à l'âge de 5 ans. Désormais adolescente, la jeune fille intègre la Cité des Sourds, un établissement scolaire exclusivement réservé aux sourds. Deux clans s'affrontent: celui des oralistes qui ont appris à parler et qui lisent sur les lèvres et les signants qui sont uniquement dans la langue des signes américaine (puisque l'histoire se déroule en Californie). Cathy, qui a pour mode de communication les signes, se sent perdue au milieu de ces affrontements et propose un jour en classe un sujet de débat qui fait mouche: "les sourds doivent s'intégrer dans le monde des entendants". Le débat est lancé et réactive de vieilles querelles. Cathy va devoir faire face au courroux de sa meilleure amie, surtout qu'une idylle avec un garçon pourrait nourrir l’œil du cyclone...

Mon avis : De part mon métier, je suis bien au clair sur toutes les problématiques liées à la surdité et au choix du mode de communication. Pour autant, j'ai pris du plaisir à découvrir l'histoire et l'idéalisme de Cathy. On retrouve tous les codes du roman adolescent mais celui-ci apporte en plus des connaissances sur la surdité et sur les enjeux qui lui sont liés. Je trouve ça plutôt intéressant pour tout lecteur qui n'est pas du tout sensibilisé à ces questions-là. J'avais été un peu déçue par le dénouement que j'ai trouvé un peu rapide mais il ne gâche pas la pertinence du reste du livre.

dimanche 3 décembre 2017

Dans la peau d'un chef de gang - Sudhir Venkatesh

En résumé.

Nous sommes en 1989 et Sudhir entame une première année de sociologie à l'université de Chicago. Particulièrement intéressé par la pauvreté qui sévit dans les ghettos de la ville et convaincu que les statistiques ne révèlent rien de la vie de ces gens-là, il décide d'aller enquêter sur le terrain, d'abord à l'aide d'un questionnaire sur les conditions de vie. Cet outil de sociologue, difficile à exploiter dans de tels quartiers, lui permet tout de même d'entrer en contact avec les habitants et surtout avec le gang qui contrôle la cité. Son chef, J.T, accepte de prendre le jeune chercheur sous son aile et de lui montrer comment on gère l'économie souterraine fondée sur les revenus de la drogue et de la prostitution - une immersion qui se veut totale et qui va durer six ans dans cette micro-société des Robert Taylor Homes, grand ensemble d'immeubles à la périphérie de Chicago à la mauvaise réputation.

Mon avis.

Ce livre fut l'objet d'une relecture pour ma lettre V du challenge ABC. Tout de même, j'étais contente de me replonger dans cette enquête passionnante et tout à fait accessible pour les néophytes en sociologie. Sudhir Venkatesh a écrit une thèse à partir de tout le matériau qu'il a acquis pendant ces six années. Ici, il s'agit juste de la narration de son immersion dans la vie des habitants des Robert Taylor Homes. On se croirait donc dans un roman un peu particulier de par les thèmes abordés mais nous sommes tenus en haleine et nous finissons même par nous attacher aux personnages de l'histoire qui n'a rien d'une fiction. Le livre se lit donc très rapidement et on ne s'ennuie pas une seule seconde devant l'originalité d'une telle enquête. De plus en plus, les sociologues vont sur le terrain à la rencontre des gens qu'ils étudient. Ce n'était pas le cas il y a encore quelques années où on pensait que seuls les matériaux objectifs (statistiques) pouvaient nous aider à comprendre la pauvreté et à mettre en place les politiques publiques adéquates pour résoudre l'équation. D'ailleurs, Sudhir évoque son travail de chercheur et dit bien qu'il se place à contre-courant de la doctrine dominante, peut-être poussée par la peur d'entrer en contact avec des gangs dealers de drogue. D'ailleurs, tout au long du livre, l'auteur s'interrogera sur sa place et sur son rôle. Bien sûr, il lie des liens particuliers avec les gens qu'il rencontre mais surtout avec J.T qui devient presque un ami. Alors que faire quand il sait que ses comparses vont commettre plusieurs meurtres dans une guerre des gangs ? Les dénoncer à la police ? Que faire quand on est témoins du trafic de drogue au quotidien ? Alors que ses collègues tentent de lui faire réaliser la dangerosité de sa position, lui tient à continuer ce travail jusqu'à la destruction de la cité, l'amenant au fil des années à établir une cartographie des liens entre tous les acteurs de cette micro-société.

Car au delà de la réflexion menée sur le travail du sociologue, on en apprend beaucoup sur la vie dans ces ghettos et sur le rôle qu'ont les gangs dans la sécurisation de ce lieu où plus personne ne met les pieds, ni la police ni les ambulances. On voit comment une économie d'un autre type se développe. Alors que la plupart des habitants est au chômage, chacun essaie d'arrondir les fins de mois en vendant de la drogue, en se prostituant, en s'entraidant (garde des enfants, repas, etc.). Le gang est donc là pour structurer cette économie mais aussi pour garder un œil bienveillant et sécuritaire sur tous les habitants, unis par leurs galères. Cette bienveillance est parfois naturelle, parfois corrompue. Mrs Bailey, une représentante des habitants a également ce rôle, une protectrice de la condition des femmes mais qui empoche très souvent des pots-de-vin lorsqu'on souhaite la mettre de son côté. Toutes ces interactions sont très intéressantes à observer car on voit bien à quel point elles peuvent être compliquées et entachées par la drogue ou par la corruption. Une morale d'un autre genre se met en place, avec d'autres types de valeurs.

Je suis fervente de ce partage d'informations avec le grand public. Ce sont des sujets qui éveillent ma curiosité et je suis heureuse lorsque je trouve en librairie ce genre de livres tout à fait clairs et passionnants. Si ces thèmes vous intéressent également, je ne peux que vous encourager à vous mettre à votre tour dans la peau d'un chef de gang.

D'un coup d’œil, les plus, les moins.

+ L'originalité du thème du livre.
+ La réflexion qui est menée sur la place du sociologue face à ce genre de situations.
+ La découverte des conditions de vie au sein des Robert Taylor Homes et le rôle des différents acteurs (gang, représentant des habitants, police, etc).

- J'aurais aimé qu'il y a un dernier chapitre qui résume toutes les conclusions auxquelles est arrivé Sudhir pendant ses six années au côté de J.T.

Dernières infos.

Dans la peau d'un chef de gang a été publié en 2014 et compte 316 pages.

Ma note.
Challenges.

Cette lecture me permet d'avancer dans ces challenges: 
ABC 2017 - Lettre V (21/26)

mercredi 29 novembre 2017

Throwback Thursday - Le livre le plus court de ma bibliothèque

Bonjour à tous !

Le Throwback Thursday est un rendez-vous repris par Betty Rose Books sur son blog. Les consignes sont très simples: chaque Jeudi, nous devons proposer un livre en accord avec le thème que Betty Rose Books nous aura concocté. Le but est d'enrichir notre Wish List en découvrant le choix des autres Bloggeuses!

Je tiens à préciser que toutes les images liées au Throwback Thursday proviennent du blog de Betty Rose Books.
Cette semaine, le thème est Le livre le plus court de ma bibliothèque.

Pour l'occasion, voici le livre que j'ai choisi:

L'ami retrouvé
Fred Ulhman
J'ai découvert L'ami retrouvé tout récemment alors que j'étais à la recherche d'un livre écrit par un auteur dont le nom commence par U (pour le ABC Challenge) et qui serait susceptible de me plaire. Je suis tombée sur celui-ci, visiblement un classique au programme de l'année de 3ème. On comprend aisément pourquoi: une histoire forte qui résume à elle seule une partie des enjeux de la Seconde Guerre Mondiale, le tout servi en une centaine de pages !

Résumé : En 1932, Hans, un lycéen habitant Stuttgart, est le fils d'un médecin juif. Il a noué très peu de relations avec ses pairs et n'a pas la chance d'avoir à ses côtés cet ami véritable dont il rêve et qu'il idéalise. La roue tourne puisqu'un jour débarque dans la classe Conrad, descendant d'une lignée allemande à la réputation prestigieuse. Alors que tout semble les séparer, les deux jeunes hommes deviennent amis. C'est aussi à cette période qu'Hitler arrive au pouvoir et que l'idéologie nazie commence à envahir chaque foyer allemand.

Mon avis : La façon dont Fred Ulhman traite le sujet de l'amitié en temps de guerre est intéressante, peut-être parce que sa propre histoire recoupe celle de Hans. J'ai d'ailleurs beaucoup aimé ce personnage profond et entier, dont certaines réflexions rejoignent les miennes. J'aurais aimé que le livre soit un peu plus long pour prendre le temps de m'imprégner de cette histoire qui se lit extrêmement vite et qui, par conséquent, perd un peu en saveur. Toutefois, je le conseille car ce livre demeure un des incontournables de la littérature, qu'il est accessible et qu'il ne demandera pas plus qu'une heure ou deux !

samedi 25 novembre 2017

La route sombre - Ma Jian

En résumé.

Meili et Kongzi habitent un petit village de la Chine rurale, celle qui n'a pas profité de la croissance spectaculaire qu'a connu le pays ces dernières années. Le couple vient d'avoir une fille, ce qui ne ravit pas le papa. Lui qui se déclare être l'héritier de Confucius souhaite à tout prix avoir un fils pour perpétuer la lignée. Sans trop avoir le choix, Meili tombe de nouveau enceinte. Mais il va bientôt falloir fuir car le planning familial rôde: la politique de l'enfant unique est extrêmement stricte dans son application et aucune dérogation n'est possible, à moins d'en avoir les moyens. Pour échapper aux bourreaux, la famille décide alors de vivre sur le fleuve Yantze, moins contrôlé que la terre ferme. C'est le début d'une longue cavale à travers une Chine très pauvre et ravagée par les contreparties du capitalisme et des nouvelles technologies qui rejettent ses déchets un peu partout sur les berges des fleuves. Meili, en plus de se battre pour survivre, va devoir protéger son ventre des assauts de son mari mais aussi de l'Etat.

Mon avis.

J'ai découvert ce livre il y a près d'un an sur le blog de A l'horizon des mots. J'avais trouvé que le sujet était intéressant et qu'il viendrait m'apporter des connaissances plus précises sur la politique de l'enfant unique en Chine. Farfouillant dans ma Wish-List, mon amoureux avait alors choisi de me l'offrir à Noël et depuis il attendait sagement son heure dans ma P.A.L. Je le ressors donc à l'occasion du Challenge ABC car il fallait vite que je trouve un nom d'auteur en J. Autant vous dire que ça en valait le détour!

Je ne suis pas une fervente adepte de la culture asiatique mais il faut bien dire que j'essaie toujours de comprendre ce qui se cache derrière les comportements parfois extrêmes que certains pays de ce continent adoptent. Je pense à leur rapport au travail ou encore à la sexualité mais aussi à la politique de l'enfant unique, entre autres. Avant de me plonger dans le livre de cet auteur exilé par la force des choses à Londres, mon savoir sur ce thème restait sommaire. J'avais entendu parler des noyades de petites filles car elles n'étaient pas aussi productives que les garçons, des conséquences de cette politique sur la démographie: trop de personnes âgées et pas assez de main d'oeuvre pour prendre le relais... Cependant, j'étais à mille lieues d'imaginer un quart de ce qui est décrit dans ce roman aux allures de documentaire. Si je peux vous donner un conseil avant de vous précipiter vers ce livre, c'est de vérifier si vous avez le coeur bien accroché. Avortements forcés, mutilations qui rendent l'enfant plus rentable pour la mendicité, corruption, viol, intoxication aux produits chimiques, la liste des thèmes abordés est longue. Certaines situations sont absolument atroces, de par leur barbarie  mais aussi parce qu'on prend conscience que des milliers de femmes ont été victimes de cette violence gratuite. A plusieurs reprises, j'ai eu envie de vomir en voyant que des êtres humains sont capabables d'autant de cruauté et de bassesse. Est exploré ici, au travers du périple de cette famille, le revers de la médaille d'une croissance portée à son paroxysme.

L'un des points forts du livre est qu'il se concentre sur Meili, à la fois victime et héroïne face à toute cette misère. Pas sur le père, pas sur la fille mais sur la mère, celle dont le ventre appartient à son mari et à l'Etat, jamais à elle, celle qui ne perd jamais l'espoir d'être indépendante et de devenir une femme d'affaires maquillée avec une jolie jupe et des talons, celle qui se bat pour faire bouillir la marmite alors qu'elle est mutilée de partout. Ce livre est un hommage à toutes les femmes à qui on a retiré le bonheur d'être mère. Certains passages sont poétiques et très doux, contrastant ainsi les autres, beaucoup plus violents.

Seule la fin m'a un peu déçue: on approche une dimension symbolique et fantastique de cette oeuvre de Ma Jian. Je ne vous en dis pas plus, vous verrez de quoi je parle si vous vous lancez dans cette lecture pour le moins éprouvante. J'aurais aimé rester dans ce réalisme cru et sordide de la première page à la toute dernière. Il n'en reste pas moins que je compte bien me tourner rapidement vers un autre livre de l'auteur.

D'un coup d'oeil, les plus et les moins.

+ Les thèmes abordés qui font de ce livre un portrait complet de la Chine, au-delà de la vitrine dorée qu'on nous sert à chaque journal télévisé.
+ Le personnage extraordinaire de Meili, qui rend hommage à toutes les femmes victimes de la barabarie du planning familial.
+ L'engagement de Ma Jian qui a osé enquêter et écrire.

- Le côté fantastique en fin de livre.

Dernières infos.

La route sombre a été publiée en 2014 pour la version française. Il compte 542 pages. Je vous encourage à écouter l'interview qu'a donné Ma Jian à France Inter à l'occasion de la sortie du livre.

Ma note.
Challenges.

Cette lecture me permet d'avancer dans ces challenges: 
Défi lecture 2017 - Consigne 38: un livre endormi (qui est dans votre pal depuis longtemps). (37/80)
ABC 2017 - Lettre J (20/26)

mercredi 22 novembre 2017

Throwback Thursday - Meilleurs amis

Bonjour à tous !

Le Throwback Thursday est un rendez-vous repris par Betty Rose Books sur son blog. Les consignes sont très simples: chaque Jeudi, nous devons proposer un livre en accord avec le thème que Betty Rose Books nous aura concocté. Le but est d'enrichir notre Wish List en découvrant le choix des autres Bloggeuses!

Je tiens à préciser que toutes les images liées au Throwback Thursday proviennent du blog de Betty Rose Books.
Cette semaine, le thème est Meilleurs amis.

Pour l'occasion, voici le livre que j'ai choisi:

No et moi
Delphine de Vigan
J'ai dans ma bibliothèque plusieurs livres qui correspondent à ce thème mais j'ai eu envie de présenter celui-ci, d'une part parce que l'amitié y est atypique, d'autre part parce que ça fait partie des livres qui se lisent en deux secondes mais qui suscitent de vrais questionnements et dont certaines phrases résonnent en nous avec intensité.

Résumé : Lou est une jeune adolescente surdouée en pleine réflexion sur son monde intérieur mais aussi sur son environnement (les relations entre les gens, les injustices, ...). Alors qu'un de ses enseignants lui demande de choisir un sujet d'exposé, la première chose qui lui passe par la tête est la situation des femmes sans abri. Sitôt dit, sitôt fait. La voilà partie à la rencontre de No qui squatte la gare d'Austerlitz. Au fil des jours, une amitié particulière se tisse entre les deux jeunes filles - une amitié dans laquelle il faut faire attention à rester à sa place et ne pas imaginer que les choses peuvent changer si facilement.

Mon avis : Je me souviens avoir été déçue par les premiers chapitres bourrés de clichés. Lou n'est pas seulement surdouée, elle a 160 de QI... Je craignais la suite de ma lecture car c'est typiquement le genre d'écueils qui peut faire basculer une histoire au thème intéressant en quelque chose d'insipide car rempli de lieux communs. Mes peurs se sont progressivement envolées et j'ai été séduite par deux aspects du livre. Le premier est le personnage de Lou qui m'a beaucoup parlé, notamment lorsqu'elle évoque son hypersensibilité. Le deuxième est le dénouement inattendu et qui vient sauver le reste du livre. Le thème de la situation des sans-abri m'a intéressé et il a fini par être pertinent alors que je le trouvais trop facile au tout début. Je vous conseille donc cette lecture qui se lit en un éternuement et qui a plu à de nombreux lecteurs.

samedi 18 novembre 2017

Zazie dans le métro - Raymond Queneau

En résumé.

Jeanne Lalochère confie sa fille Zazie à son oncle Gabriel pour qu'elle puisse tranquillement batifoler avec son amant. La situation ne déplaît pas à la jeune fille puisque c'est l'occasion de mettre enfin un pied dans la capitale et de côtoyer cet engin mystérieux qu'est le métro. Manque de bol, les agents sont en grève. Après avoir lâché tout un tas d'injures, la petite échappe à la surveillance de son oncle et décide de visiter Paris toute seule. Une folle aventure débute alors et le lecteur va se trouver face à des situations toutes plus rocambolesques les unes que les autres et face à des personnages pour le moins étranges. Bienvenue dans le surréalisme à la Queneau !

Mon avis.

Je dois avouer que si le nom de l'auteur ne commençait pas par "Q" et si je n'avais pas un challenge ABC à vite poursuivre, je ne serais très certainement pas allée à la rencontre de ce livre. Cela fait plusieurs années que j'en entends parler (j'ai d'ailleurs failli l'avoir aux épreuves du bac de littérature), sans jamais sauter le pas, découragée devant les commentaires rarement positifs des lecteurs. Désormais, c'est chose faite, je ne suis pas mécontente de ma lecture sans pour autant avoir adoré, loin de là même.

Il faut dire que l'univers que nous propose l'auteur est surréaliste. Un réel travail a été fait sur la langue - la langue qu'on parle entre gens populaires d'un Paris d'après-guerre qui savoure enfin le goût de la liberté (l'écriture de ce livre date de 1959). Le style est très familier et il n'y a quasiment que des dialogues. Même le narrateur se met à employer ce langage châtié. Le rythme de l'histoire est donc très rapide, et on se sent emporté dans les aventures de Zazie, en complète immersion parisienne. Cela nous amène à vivre des situations très cocasses. Le récit se tient et si on s'accroche, il n'est pas difficile de suivre le déroulé des événements. Cependant, on peut rapidement se perdre dans les personnages qui apparaissent, disparaissent puis reviennent sous d'autres identités. Leurs interactions peuvent parfois surprendre: parfois ils réagissent de façon disproportionnée et puis c'est le contraire, ils ne tiennent pas cas de situations graves. Ainsi, on a l'impression d'être dans un réel distordu, entouré de faits et de personnages réels au premier abord et fantasques si on creuse un peu.

A l'image de cette intrigue un peu particulière, il y a certains passages que j'ai bien aimés, ayant l'impression de comprendre enfin où l'auteur voulait en venir puis quelques pages plus loin, je me sentais perdue. L'auteur aborde des thèmes graves comme le viol et la pédophilie et d'autres thèmes tabou à cette époque comme l'homosexualité et les boîtes où se produisent des travestis. Je pensais qu'il avait quelque chose à dire sur ces sujets mais ils sont vite balayés et on ne sait plus trop ce que ça vient faire là. Au terme de ma lecture, j'ai donc cette très désagréable impression d'être passée à côté de quelque chose. Certes, le style est intéressant et l'histoire peut paraître comique et originale mais ces deux points ne compensent pas le sentiment de ne pas avoir su lire entre les lignes. C'est d'autant plus frustrant que Zazie dans le métro est devenue un vrai classique et Raymond Queneau est un auteur réputé, alors je me demande pourquoi je n'ai pas su voir le chef d'oeuvre qui se cache derrière ces quelques pages.

Je ne pensais pas que je serai aussi sévère dans ma notation mais au fur et à mesure que j'écris cette chronique, je me rends compte que je ne retire rien de cette lecture. Je vais donc, à regrets, l'affubler d'un deux fleurs.

D'un coup d'oeil, les plus, les moins.

+ Le travail sur la langue: jeux de mots, langage parlé, nombreux dialogues.
+ Le potentiel comique.

- On ne comprend pas où l'auteur veut en venir.
- On peut vite se sentir perdu: trop de personnages et de situations étranges.
- L'histoire est trop fantasque pour moi (n'a ni queue ni tête).

Ma note.
Dernières infos.

Zazie dans le métro a été publié en 1959 et compte 240 pages. Ce classique a fait l'objet de nombreuses adaptations: BD, pièce de théâtre et film en 1960. Si vous souhaitez en savoir plus sur cette oeuvre, je vous conseille vivement la chaîne Youtube l'Alchimie d'un roman qui lui a consacré un épisode.

Challenges.

Cette lecture me permet d'avancer dans ces challenges: 
Défi lecture 2017 - Consigne 19: un livre qui se déroule dans une capitale. (36/80)
ABC 2017 - Lettre Q (19/26)

mercredi 15 novembre 2017

Throwback Thursday - Book Hangover

Bonjour à tous !

Le Throwback Thursday est un rendez-vous repris par Betty Rose Books sur son blog. Les consignes sont très simples: chaque Jeudi, nous devons proposer un livre en accord avec le thème que Betty Rose Books nous aura concocté. Le but est d'enrichir notre Wish List en découvrant le choix des autres Bloggeuses!

Je tiens à préciser que toutes les images liées au Throwback Thursday proviennent du blog de Betty Rose Books.
Cette semaine, le thème est Book Hangover

Pour l'occasion, voici le livre que j'ai choisi:

La vérité sur l'affaire Harry Québert
Joël Dicker
Bien évidemment et sans trop de suspense, la première idée qui m'est venue en tête est Harry Potter. Je me souviens encore d'une nuit pendant laquelle je ne pouvais pas arrêter de lire, voulant absolument terminer le tome 6 et pleurant à chaudes larmes la mort de Dumbledore. Mais j'ai résisté à la tentation et je vous propose aujourd'hui ce (gentil) thriller qui m'a tenue en haleine pendant plusieurs jours...

Résumé : Marcus Goldman, écrivain, est en panne d'inspiration pour son prochain roman. Le destin va bien faire les choses puisqu'au même moment son ancien professeur et ami Harry Québert est accusé du meurtre de Nola Kellergan, une jeune fille assassinée en 1975. Marcus décide de l'aider en enquêtant sur sa disparition, non sans déchaîner les passions, trente ans après. Son travail d'investigation est consigné dans ce livre.

Mon avis : La vérité sur l'affaire Harry Québert a tout du roman addictif (et il vaut mieux car 800 pages quand même!). On est pris dans l'enquête, on a envie de savoir qui est le meurtrier, quel type de relation Harry entretenait avec la jeune fille, qui sont les habitants qui envoient des menaces à l'écrivain lorsqu'il remue le passé. Sur le moment, j'ai été séduite et emportée par l'histoire mais une fois arrivée à la fin, j'ai trouvé que l'intrigue n'avait finalement rien d'exceptionnel, les dialogues étant particulièrement niais et le style d'écriture laissant à désirer. Quant au dénouement, il est vite plié et un peu tiré par les cheveux. Je dirais donc que pour une lecture à court terme, on y trouve son compte mais il ne faut pas en demander davantage !

samedi 11 novembre 2017

Sœurs de miséricorde - Colombe Schneck

En résumé.

Azul a grandi dans un petit village bolivien, bien avant que la mondialisation n'impacte la vie des indigènes Quechua. Elle connaît, au milieu de ses frères et sœurs, une enfance heureuse, bercée par l'odeur et les couleurs des fruits du verger de sa mère. C'est souvent qu'elle accompagne cette dernière en haut des montagnes pour échanger la récolte contre d'autres produits qui les feront vivre. Mais les années de tendre insouciance laissent bientôt la place aux responsabilités de jeune adulte. Elle doit partir en ville pour étudier, grâce au sacrifice de sa grande sœur qui travaille depuis longtemps pour subvenir aux besoins de la famille. Azul est donc chanceuse. Elle va tomber amoureuse, avoir un enfant, puis tomber amoureuse d'un autre homme criblé de dettes. Simultanément, le pays connaît une crise économique qui plonge la plupart des familles dans la précarité. Azul n'a pas le choix: il faut faire comme toutes ces autres boliviennes, partir pour l'Europe afin de gagner de l'argent que l'on enverra à la famille restée au pays. Pour elle, comme pour les autre,s ce sera cruel et douloureux de se retrouver dans un pays avec lequel on ne partage rien.

Mon avis.

J'ai découvert ce livre grâce à une amie. Le résumé m'avait semblé intéressant et j'avais très envie de partir pour la Bolivie sans dépenser un sou. Dans l'ensemble, ce fut une lecture agréable et très rapide avec ce seul regret: que l'intrigue ne soit pas davantage développée.

En effet, l'auteur consacre à la vie d'Azul, de sa naissance à sa vie d'adulte, à peine deux-cent pages. Le rythme est donc soutenu et seules les étapes les plus importantes sont mentionnées. Le manque de dialogue témoigne de cette volonté d'aller vite et de ne se concentrer que sur la narration de la vie de la jeune femme. Certes, on ne s'ennuie pas mais j'aurais préféré prendre le temps de découvrir ce beau personnage, plein de courage et j'aurais aimé en savoir plus sur la façon dont elle s'est construite. De même, certains faits auraient pu être davantage développés, comme la crise économique qui a frappé la Bolivie, la mondialisation qui a apporté la consommation de masse et détruit les échanges locaux et l'émigration d'Azul. L'éditeur, dans sa quatrième de couverture, amène le suspense avec le départ de l'héroïne vers l'Europe. Finalement, seulement quelques chapitres y sont consacrés et ce qui est annoncé ne correspond pas à la réalité du livre. Je suis restée sur ma faim, frustrée parce que j'ai apprécié ma lecture mais parce que j'aurais aussi aimé aller plus loin.

Colombe Schneck a plusieurs talents à son actif: elle est journaliste pour la radio (France Inter) mais aussi pour la télévision et a eu l'occasion de réaliser des documentaires. Elle s'épanouit également à l'écrit avec la rédaction de nombreux ouvrages. Pour celui-ci, elle s'est inspirée d'une jeune bolivienne qui est venue l'aider lorsqu'elle a eu un bébé. La jeune femme avait traversé l'Atlantique pour trouver du travail et ainsi aider sa famille avec l'argent gagné. Colombe Schneck a fini par l'accompagner jusqu'en Bolivie pour rencontrer ses proches. Ce lien spécial se ressent lors de la lecture. On voit bien que l'auteur a fouillé le sujet, essayant d'être la plus précise possible sur les faits qu'elle raconte. Il y a d'ailleurs une bibliographie à la fin du livre! Initialement, je pensais même que c'était une autobiographie. Il faut dire que les coins de Bolivie sont décrits avec soin et font appel à tous nos sens: la vue pour les couleurs des fruits et des robes locales, l'odeur et le toucher toujours pour le verger de Ximena, la mère d'Azul. On entre donc dans un paysage chatoyant où l'on se sent bien, même si le confort y est absent. Ces éléments de décor sont mis en valeur par les nombreuses énumérations qui rythment le récit, comme si la narratrice voulait rendre compte de toute la richesse de la Bolivie.

Malgré le manque de consistance de cette histoire qui ne m'a pas totalement rassasiée, je vous encourage à tourner les pages de ce livre qui vous fera entrer dans le quotidien de milliers d'émigrés, obligés de fuir leur coin de paradis pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.

D'un coup d’œil, les plus, les moins.

+ Le thème abordé, à savoir le vécu de femmes émigrées économiques.
+ La personnalité de la protagoniste qui fait d'elle un personnage fort et valeureux.
+ L'émotion que de tels parcours procurent.
+ Le dépaysement total: on se croirait en Bolivie!

- La rapidité du livre: j'aurais aimé que l'auteur s'attarde davantage sur le parcours d'Azul.

Dernières infos.

Sœurs de miséricorde a été publié en 2015 et compte 216 pages.

Ma note.
Challenges.

Cette lecture me permet d'avancer dans ces challenges: 

samedi 4 novembre 2017

Les intéressants - Meg Wolitzer

En résumé.

Suite au décès de son père et pour se changer les idées, Julie Jacobson intègre pendant l'été 1974 le camp de vacances Sipirts-in-the-Woods, the place to be pour des jeunes artistes en devenir. Elle qui a tout de la fille quelconque est très vite fascinée par ces adolescents populaires aux talents multiples. Un soir, elle se retrouve dans le club très fermé des "Intéressants" (le surnom qu'ils se donnent): on y retrouve Ash et Goodman, des New-Yorkais branchés et aisés, Ethan, le génie des films d'animations au physique maladroit, Jonah, le fils d'une célèbre chanteuse et Cathy dont le rêve est de devenir danseuse. Leur amitié débute ce soir-là, sous un tipi, à fumer tout en faisant de glorieux projets d'avenir. Le lecteur suivra leur vie pendant une quarantaine d'années et aura l'occasion de voir que rêves et réalité ne se rejoignent pas toujours...

Mon avis.

C'est une amie qui m'a parlé de ce livre cet été. Elle venait de le commencer et avait du mal à entrer dans l'histoire, alors elle l'a très vite abandonné. Pourtant, ce qu'elle m'en a dit m'a rendue curieuse et en allant vérifier sur Livraddict, j'ai trouvé plusieurs commentaires positifs. Alors il ne me restait plus qu'à le tester à mon tour...

Ce fut malheureusement loin d'être un coup de cœur. J'ai éprouvé moi aussi des difficultés dans le tout début pour me laisser convaincre par l'intrigue. L'action - si on peut parler d'action - s'installe très lentement et on est vite confronté à un des défauts de ce livre: les digressions. L'auteur commence à aborder un thème pour très vite partir sur autre chose, parfois c'est lié, parfois c'est un saut dans le temps. Alors après une centaine de pages, on s'y habitue et on parvient à raccrocher les wagons. En tout début, c'est déjà plus problématique... Par ailleurs, les thèmes abordés dans les premiers chapitres m'ont paru superflus et c'est très souvent que je perdais le fil et étais obligée de relire certains passages.

J'ai fini par me sentir mieux dans ma lecture lorsque l'auteur a fait un bond dans le temps pour nous projeter dans la vie adulte de nos personnages. C'est intéressant de voir ce qu'ils deviennent et de faire des aller-retours entre leur jeunesse et leur présent. C'est aussi l'occasion d'avoir quelques surprises sur les relations qu'ils ont nouées au fil des années - ce sont là les seuls points d'accroche et de suspense. Les Intéressants est avant tout un roman sur l'évolution des sentiments au fil du temps, qu'ils soient amicaux ou amoureux. J'ai pu me projeter facilement car je suis aussi dans cette période où les amis vont habiter à droite à gauche et commencent à bâtir leur vie avec leurs conjoints. Alors je me pose des questions sur la façon dont je peux faire perdurer les liens qui m'unissent à eux et j'aimerais savoir comment nos relations vont évoluer. J'ai donc aimé la proposition de l'auteur sur ces thèmes-là, en prenant en compte l'arrivée des enfants et les secrets familiaux qui jalonnent nos quotidiens. En revanche, je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages, alors qu'ils sont décrits en long, en large et en travers. Je les ai quand même trouvés superficiels, sauf peut-être Julie qui m'a semblé un peu plus intéressante, notamment dans ses choix de vie. Elle qui jalouse ses camarades et veut à tout prix s'offrir une vie digne de ce nom finit par entrer dans une routine qui ressemble beaucoup à celle de sa mère, qu'elle critiqua vivement quelques années auparavant. Finalement, parmi tous les Intéressants, c'est très probablement elle qui s'en sort le mieux. Le choix de l'auteur de prendre des personnages très simples, à certains moments touchés par la grâce, à d'autres empêtrés sous des couches de problème est pertinent. L'intrigue reste réaliste et même si ce ne fut pas mon cas, je suis sûre que certains lecteurs pourraient s'identifier aux protagonistes.

Le dernier bémol reste la longueur. Près de 800 pages (version poche) pour raconter le quotidien de quelques personnes, ça fait beaucoup, surtout lorsque il y a très peu de rebondissements. Je pense qu'il aurait pu être raccourci en enlevant certains passages et en rendant d'autres plus intenses. J'ai mis deux semaines et demie à le lire et je dois vous avouer que j'étais contente de voir arriver à la fin! Tout de même, l'écriture reste agréable et très accessible. Si vous décrochez, ce ne sera pas la faute du style de l'auteur mais bien de la teneur de ce pavé.

D'un coup d’œil, les plus, les moins.

+ Le thème abordé, à savoir l'évolution des liens amicaux et amoureux au fil des années.
+ La simplicité des personnages qui rend l'histoire réaliste, même si certains faits restent éloignés de nos quotidiens (sauf si vous êtes l'enfant de Céline Dion)

- Quelques longueurs/digressions qui peuvent faire perdre le fil de l'histoire.
- Le peu de rebondissements étire ce récit déjà long.
- Le manque d'attachement aux personnages.

Dernières infos.

Les Intéressants a été publié en 2013 pour la version originale et compte 564 pages pour le grand format.

Ma note.
Challenges.

Cette lecture me permet d'avancer dans ces challenges: 
Défi lecture 2017 - Consigne 51: un livre qui se déroule dans le milieu artistique. (35/80)
ABC 2017 - Lettre W (18/26)

jeudi 2 novembre 2017

Throwback Thursday - Je n'aimais pas la couverture et pourtant...

Bonjour à tous !

Le Throwback Thursday est un rendez-vous repris par Betty Rose Books sur son blog. Les consignes sont très simples: chaque Jeudi, nous devons proposer un livre en accord avec le thème que Betty Rose Books nous aura concocté. Le but est d'enrichir notre Wish List en découvrant le choix des autres Bloggeuses!

Je tiens à préciser que toutes les images liées au Throwback Thursday proviennent du blog de Betty Rose Books.
Cette semaine, le thème est Je n'aimais pas la couverture et pourtant...

Pour l'occasion, voici le livre que j'ai choisi:

Dans la peau d'un chef de gang
Sudhir Venkatesh
Me voilà enfin de retour après plusieurs semaines d'absence ! Je ne sais pas si ça va durer, les vacances ne s'étalant que sur une semaine. Pour le thème de ce Jeudi, je n'avais que l'embarras du choix ! Je ne suis en général pas très fan des couvertures des éditions françaises, contrairement aux anglaises qui sont en général pleines de couleurs et qui donnent envie de se jeter dans le livre. Finalement, mon choix s'est porté sur Dans la peau d'un chef de gang que je viens tout juste d'achever et qui a fait l'objet d'une relecture. Alors que le sujet est intéressant et servi avec humilité, je trouve que la couverture est tout son contraire et en fait beaucoup trop. La phrase d'accroche me fait penser à ces mauvaises émissions de télé-achats qui ne savent plus quoi dire et faire pour appâter le client. Je trouve que la couverture de la version poche est plus fidèle au contenu:
Résumé: Lorsque Sudhir Venkatesh entre à la faculté de sociologie de Chicago en 1989, il est particulièrement intéressé par la pauvreté qui sévit dans les grands ensembles urbains qui ceinturent la ville. D'abord muni d'un questionnaire, il part à la rencontre des habitants de ces quartiers afin de construire une base de données sur leur mode de vie. De fil en aiguille, J.T, un des chefs du gang qui règne sur les alentours le prend sous son aile afin de lui montrer comment ils vivent au quotidien. Il restera à ses côtés près d'une dizaine d'années.

Mon avis: Les thèmes abordés sont extrêmement intéressants et le tout se lit comme un roman. Pas besoin d'avoir une licence en sociologie pour comprendre ! Je suis une adepte de ces témoignages qui partent du vécu d'une personne et qui ont une dimension documentaire. Ici, on côtoie de près le métier de chercheur mais on entre aussi dans ces micro-sociétés qui se mettent en place dans ces quartiers où la drogue, la corruption et la prostitution sont monnaie courante. On comprend alors l'importance du gang et des liens particuliers qui se nouent entre les divers acteurs, qui échappent complètement aux mains de l'Etat.